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mardi, 30 décembre 2014

Les pharmacies depuis 2000 : mutations d’un secteur très réglementé (2/3) (30 12 2014)


Depuis 2006, la parapharmacie (hygiène, beauté et diététique) s’est beaucoup développée dans les pharmacies, atteignant 6 % du chiffre d’affaires en 2012, en particulier grâce à la branche « hygiène et beauté ». En 2012, les pharmacies détiennent 11 % du marché « hygiène et beauté », contre 6 % en 2006. Ce marché reste largement dominé par les grandes surfaces (54 % contre 58 % en 2006) et les parfumeries (23 % contre 25 % en 2006). Néanmoins, fortes de leur capacité de conseil, les pharmacies ont su développer leur offre, notamment en ce qui concerne l’hygiène dédiée à la petite enfance. Elles ont également renforcé leur commercialisation de produits diététiques ; pour ces derniers, la part de marché des pharmacies gagne 22 points en six ans, pour atteindre 59 % en 2012.

Enfin, le chiffre d’affaires des officines est aussi porté par la distribution d’articles médicaux et orthopédiques, dont les ventes par les pharmacies ont quadruplé en douze ans. Entre 2006 et 2012, la part de marché des pharmacies dans la vente de ces produits passe de 22 % à 30 %, au détriment des magasins spécialisés (de 77 % à 64 %).

Des marges très encadrées

Compte tenu de la part toujours prédominante des médicaments remboursables dans leurs ventes, les officines réalisent l’essentiel de leurs marges commerciales sur les ventes de médicaments remboursables. Le taux de marge commerciale, qui baissait régulièrement depuis 2000, progresse à nouveau à partir de 2006. Cette augmentation est sans doute le résultat d’effets combinés. D’une part, le système du forfait par boîte de médicament délivré a pu entraîner la multiplication des conditionnements de plus petite taille. En outre, le taux de marge est plus important pour les tranches de prix inférieures. Enfin, en garantissant une marge identique en valeur absolue pour les génériques et le princeps, la politique de promotion des génériques accroît également le taux de marge. De surcroît, la loi Chatel a rendu les génériques encore plus attractifs pour les pharmaciens en relevant le plafond des remises que les fournisseurs peuvent consentir aux pharmaciens, et qui alimentent leurs marges. En 2012, le taux de marge commerciale des officines est de 27,5 %, contre 25,9 % en 2006. Ce taux reste cependant en deçà de celui de l’ensemble du commerce de détail (29,4 % en 2012).

La progression du taux de marge commerciale des pharmaciens s’est accompagnée de celle du taux de marge d’exploitation, indicateur de rentabilité économique des entreprises. Jusqu’en 2006, ce dernier diminuait régulièrement (- 7 points entre 2000 et 2006) du fait de l’augmentation des charges d’exploitation. Il s’est ensuite stabilisé à 47 % entre 2007 et 2009 avant de remonter ensuite. En 2012, il atteint 52 %, soit bien plus que la moyenne du commerce de détail (27 %).

Depuis 2010, le nombre de pharmaciens diminue

Le pharmacien titulaire de l’officine est tenu de recruter un ou plusieurs pharmaciens adjoints qui l’assisteront pour la préparation des médicaments. Leur nombre est déterminé légalement en fonction du volume d’activité de la pharmacie. Ainsi, en 2012, 28 300 pharmaciens titulaires et co-titulaires emploient 26 800 pharmaciens adjoints, salariés de l’officine. Le personnel salarié peut également inclure des préparateurs en pharmacie, qui secondent les pharmaciens dans la préparation et la vente des médicaments, ou des personnels affectés aux activités commerciales, administratives ou de manutention. Au total, en 2012, le secteur de la pharmacie (commerce de détail) emploie 95 800 salariés en équivalent temps plein. Cet effectif a crû de 5 % depuis 2000, mais, depuis 2007, il tend à diminuer de 0,4 % par an en moyenne.

Depuis 2010, alors que le numerus clausus est quasi constant, le nombre de pharmaciens titulaires chute (- 4,1 % en 2011 et - 1,5 % en 2012). Le nombre de professionnels n’avait pourtant cessé de progresser depuis le début des années 1990. Il avait toutefois fortement ralenti à partir de la fin des années 1990, et ce malgré un relèvement important du numerus clausus (+ 3,2 % par an entre 1998 et 2008). La baisse récente du nombre de pharmaciens s’explique à la fois par le vieillissement de la profession (49 ans en moyenne), à l’origine d’un nombre important de départs à la retraite, et par l’orientation plus marquée des jeunes diplômés vers d’autres spécialités. La pharmacie est un secteur fortement féminisé. En 2012, 68 % des pharmaciens sont des femmes, une part assez stable dans le temps. Mais elles sont plus souvent adjointes que titulaires (82 % parmi les adjoints contre 55 % parmi les titulaires). Plus généralement, elles représentent une très large majorité des postes salariés en pharmacie (87 % contre 63 % des salariés du commerce de détail et 59 % de ceux de l’économie).

Une pharmacie sur 2 exploitée en association, une sur 4 en société d’exercice libéral

Les pharmaciens exploitent de plus en plus souvent leur officine sous le statut de société plutôt qu’en nom propre. L’implantation territoriale des pharmacies étant très réglementée, il est devenu en effet presque impossible d’ouvrir de nouveaux établissements dans les zones à forte rentabilité. Aussi, à défaut de pouvoir ouvrir une pharmacie en nom propre, les jeunes diplômés cherchent à s’associer à des titulaires déjà en place.

Dans ce contexte, les officines exploitées en nom propre sont devenues minoritaires. En 2012, seulement 49 % des officines sont gérées sous cette forme : 37 % sous le régime d’entrepreneur individuel et 12 % sous celui d’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL). Depuis 2000, la part des officines sous régime sociétaire (51 %) a gagné près de 27 points, au détriment essentiellement des entrepreneurs individuels (- 30 points). Les EURL ont progressé quant à elles faiblement (+ 3 points).

Parmi les officines exploitées sous forme de société, les sociétés d’exercice libéral (SEL) dominent : elles représentent 27 % des pharmacies. Suivent les sociétés en nom collectif (SNC) 15 %, et les sociétés anonymes à responsabilité limitée (SARL), 7 % des pharmacies.

En 2012, les SEL sont ainsi devenues le premier mode d’exploitation en association alors que ce statut juridique concernait moins de 2 % des officines en 2000. Elles ont ainsi surpassé les SNC qui étaient auparavant le statut juridique le plus répandu parmi l’exploitation associée. Malgré un démarrage lent du statut, les avantages fiscaux et les facilités introduites lors de la transmission des officines convainquent chaque année de plus en plus de pharmaciens.

Ainsi, parmi les officines présentes à la fois en 2006 et en 2012, 15 % ont changé de numéro d’identification dans le répertoire national des entreprises et des établissements (SIRENE), soit 12 % du total des officines présentes en 2012. Dans deux cas sur trois, ce changement est dû à une transformation de statut juridique, notamment pour passer du statut d’entrepreneur individuel à celui de personne morale. À cette occasion, 57 % des entrepreneurs choisissent le statut de SEL. Les autres changements d’identification concernent des cessations d’activité de personne juridique au profit d’une autre et, là encore, le statut de SEL est privilégié dans plus de la moitié des cas. Au total, parmi les officines ayant changé de numéro d’identification, la moitié est désormais exploitée sous forme de SEL.

 

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